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27.10.19

[CHRONIQUE] Tunnels, tome 2 : Profondeurs


" L'aventure est loin d'être terminée pour le jeune archéologue Will Burrows. Alors qu'il est toujours à la recherche de son père, Will s'enfonce de plus en plus dans les profondeurs souterraines. Et comme si les choses n'étaient pas assez compliquées, il fait la découverte d'un complot des Styx qui pourrait avoir de terribles conséquences pour le monde d'en haut. Sa sœur n'en a décidément pas encore fini avec lui… "


J’avais bien aimé le premier tome (dont la chronique se trouve ici), surtout pour son univers original, oppressant et mystérieux. Malgré quelques défauts j’avais envie de lire la suite, surtout après une fin pareille, plutôt osée et brusque ! Je ressors un peu plus satisfaite du résultat, mais il y a des points que je n’ai pas vraiment appréciée une fois de plus…

On reprend là où le premier tome s’était arrêté : Will retrouve son ami Chester, et accompagné de son frère Cal ils vont plus loin sous Terre, dans les Profondeurs, un endroit encore plus dangereux et sombre que précédemment. Le reste de la famille Burrows n’est certainement pas à négliger : la mère va se reconstruire dans une maison de repos, le père poursuit ses recherches souterraines, et Rebecca a plus d’un mauvais tour dans son sac… Il faut ajouter à ce tableau Sarah, une jeune femme qui a toutes les raisons du monde de se venger de Will et de fuir les Styx, pourtant le doute règne dans son cœur face aux mensonges et au doute.

Je suis surprise par les tournures de certains événements : pour une saga jeunesse il y a des scènes dures, notamment des morts violentes chez les protagonistes, décrites sans détour. J’aime bien la noirceur qui se dégage du récit, et la maturité qui en découle dans les réflexions des personnages, c’est vraiment osé, et j’applaudis les auteurs d’avoir tenté le coup. Je suis d’ailleurs encore en train de douter du sort de certains, et rien que pour éclaircir ceci je vais me jeter sur le troisième tome !

Je déplore cependant le rythme du récit et le découpage des parties de ce tome. C’est trop inégal. J’avais envie de lire en diagonale des chapitres entiers tant l’histoire traînait en longueur, les personnages étant indécis ou les descriptions beaucoup trop longues. L’impression de faire du surplace était flagrante et un peu dérangeante, je trouve ça dommage car les scènes d’actions étaient top, parfois stressantes. Le danger pouvait surgir à n’importe quel moment, et cela rajoute une force supplémentaire à l’histoire. Je suis néanmoins contente d’en avoir appris plus sur le monde souterrain, là où il me manquait pas mal de matière et de repères dans le premier tome. On découvre enfin les Styx et leur hiérarchie, le Pore, les Profondeurs, les Coprolithes ; l’univers prend de l’ampleur et se complexifie. Pourtant il reste encore bien des mystères à résoudre, je suis curieuse de voir où Will et tous les autres vont m’emmener.

J’ai apprécié l’introduction d’un nouveau duo du côté de Will. Drake et Eliott sont attachants, j’étais méfiante au début mais ils ont fait leurs preuves. Ils ont dynamisés ce pan du récit qui me plaisait de moins en moins, à cause des multiples disputes entre Chester et Cal. Par ailleurs ce trio m’énervait régulièrement, j’ai vraiment eu du mal à m’attacher enfin à Cal – parce que j’ai abandonné dès le début pour Chester -. Will a bien mûri avec ces péripéties, j’ai juste un peu peur de son évolution par la suite, son état n’étant pas très stable.

Mes passages préférés resteront ceux avec les autres membres de la famille Burrows, ainsi que le parcours chaotique de Sarah. C’était plus intéressant, plus accrocheur, plus intense émotionnellement parlant, et les voir se croiser chacun leur tour à un moment particulier donne un résultat satisfaisant, j’ai enchaîné les surprises. Les derniers chapitres sont d’ailleurs parfaits, j’espère que la saga pourra encore m’offrir ce genre d’instants.


En conclusion ce deuxième tome est plutôt réussi et surpasse le premier tome, assez introductif ; s’il corrige certains défauts il en a malheureusement encore d’autres, mais rien d’insurmontable puisque j’ai dévoré la moitié du roman (soit 230-240 pages) en un jour seulement. Cette saga ne plaira pas à tout le monde, c’est une certitude, elle est bien trop atypique, mais pour le moment j’ai envie de poursuivre ma route auprès de Will et de connaître la suite des événements.

25.8.19

[CHRONIQUE] Tunnels, tome 1


Tunnels, tome 1 - Roderick GORDON & Brian WILLIAMS
Editions Michel Lafon - 416 pages - 15€
2008


" Will Burrows, un jeune garçon de quatorze ans, vit à Londres avec sa famille. Mais lui et les siens ont peu de choses en commun. Il partage cependant une passion avec son père : ensemble, ils adorent creuser des tunnels. Lorsque Mr Burrows disparaît brutalement au fond d'une galerie inconnue, Will décide de mener l'enquête avec l'aide de son ami Chester.
C'est ainsi que nos deux héros se retrouvent bientôt dans les lointaines profondeurs de la terre. Là les attend un terrible et sombre secret qui pourrait bien leur coûter la vie... "


Je reviens aujourd'hui pour la chronique du premier tome d'une saga jeunesse dont ce blog m'a rendu curieuse à son sujet. Il s'agit de Tunnels, et le moins que je puisse dire c'est que j'ai été agréablement surprise d'avoir accroché à l'histoire de Will et que malgré quelques défauts notables je n'ai qu'une envie : découvrir le deuxième tome !

Le résumé est particulièrement alléchant je dois dire, et l'histoire de ce premier tome respecte ces promesses. Cependant il faut attendre un bon bout de temps avant de plonger dans cet autre monde, sous la Terre, et d'en découvrir le mode de fonctionnement, ses mystères, mais surtout ses dangers - les Styx en première ligne -. La vie de Will ne brille que par son ami Chester et ses fouilles avec son père ; ce dernier, une fois disparu, entraîne peu à peu le protagoniste dans les entrailles de notre planète, réduisant son quotidien déjà étrange en morceau, et les réponses qu'il va trouver vont finir de bousculer son existence.

Le récit est long à se mettre en place, mais il plante correctement le décor et la vie de Will, jeune garçon qui supporte mal le soleil et qui adore creuser partout avec son père. Rien qu'à ce niveau-ci c'est atypique pour un roman jeunesse, je n'ai jamais vu un personnage avec une passion pareille, et ça change ! Et que dire lorsqu'on plonge dans ce monde souterrain : c'est oppressant, sombre, mystérieux, dangereux, avec un système de caste pourri et des personnes peu fréquentables. Les quelques révélations sont bien placées, bien amenées. Sans parler qu'on est loin de vivre une aventure chez les Bisounours : il y a déjà des morts, autant dans le camp adverse que dans celui du protagoniste... L'épilogue m'a d'ailleurs surprise et annonce le ton du second tome, ce qui me plaît et relance mon intérêt ! J'ai apprécié en savoir plus sur l'univers des auteurs, les descriptions sont détaillées, les décors plantés, l'action au rendez-vous, avec également des moments d'émotions, de retrouvailles, des séparations compliquées. Je me suis peu ennuyée pendant ma lecture, mais si l'univers m'a fasciné je ne pourrais pas en dire autant du côté des personnages...

Will est un jeune garçon attachant, autant par sa situation de départ que par les épreuves qu'il traverse. Il fonce dans le tas, semble inconscient des dangers tant qu'il creuse et qu'il se sent bien, supporte une famille qui n'a rien de normal ni de sain, et possède pour seul ami Chester, un autre personnage solitaire. Will va évoluer en bien dans ce tome, car il apprend à être responsable de ses pairs, se montre courageux plus d'une fois et est moins téméraire en cas de danger. Je suis vraiment curieuse de voir son parcours dans la suite.
Je ne suis pas autant enthousiaste à propos de Chester : il est plutôt fade à côté de Will, et ses nombreuses blagues/réflexions ne m'ont pas tant fait rire que ça. Cela dit il va subir beaucoup d'expériences atroces pendant son expédition souterraine, et je n'ai pas tout le temps était sereine pour sa santé mentale et physique.

Du côté des personnages secondaires le bilan est mitigé, si bien que je ne retiens que deux figures parmi mes préférés : l'oncle Tam et Rebecca. Cette dernière, la sœur de Will, apporte son lot de surprises, et une scène avec elle reste très certainement mon moment préféré de l'histoire. Sans spoiler quoi que ce soit je me réjouis de voir qu'elle prendra de l'importance pour le prochain tome, j'ai envie de voir la nouvelle relation qu'elle va tisser avec son frère... Oncle Tam est une personne rassurante, compréhensive, audacieuse, il aime son neveu et fait tout pour l'aider. Et il a une classe folle !
Cal m'a plus souvent agacée qu'attendrie, son âge n'excusant pas tout le temps ses paroles et ses actions. Il semble pourtant commencer à évoluer en fréquentant Will, ce qui pourrait sans doute me faire changer d'avis sur ce personnage.
J'espère cependant plus d'explications pour le Dr Burrows, qui dès sa disparition est absent sur la quasi-totalité de l'histoire. Dommage car il a des explications à fournir, et je me demande si son rôle aura une importance pour les événements futurs.

En conclusion ce premier tome est plutôt bon pour introduire l'univers et les personnages qui vont tisser la toile des autres tomes de cette saga ; je suis emballée par ce que j'ai lu malgré des défauts et la question suivante : mais où va donc se diriger l'histoire ?
Je reste cependant optimiste sur les aventures de Will et sa bande, et j'attends donc de lire le second tome pour savoir si je vais poursuivre cette saga jusqu'à sa conclusion.


" Le Dr Burrows était le seul élément de son passé auquel il pouvait encore se raccrocher, et il était bien décidé à le retrouver, où qu'il soit. Alors tout redeviendrait normal, et ils seraient heureux. Chester, Cal, tous ensemble, avec son père. Cette idée illuminait ses pensées, tel un phare dans le lointain.
L'avenir ne lui semblait plus aussi sombre. "

30.7.19

[CHRONIQUE] Indiana Teller, tome 2 : Lune d'été


Indiana Teller, tome 2 : Lune d'été - Sophie AUDOUIN-MAMIKONIAN
Editions Michel Lafon (Poche) - 414 pages - 7€
2015


" Alors qu'Indiana se remet à peine de l'enlèvement de sa mère, le père de sa petite amie Katerina est sauvagement agressé, laissé pour mort. Une seule certitude : cette attaque n'est pas d'origine humaine. Et s'il s'agissait d'un complot visant à éloigner le jeune homme des siens... et à détruire ce qui l'unit à celle qu'il aime ?

Plus que jamais, Indiana a besoin de ses dons de rebrousse-temps. Car la nuit, tous les loups sont gris, et un traître pourrait bien se cacher parmi eux... "


J'avais un peu peur de me replonger dans cette saga : non pas que le premier tome ne m'avait pas plu, loin de là, mais cela fait un an que j'ai lu le premier tome et je ne me souvenais plus de grand-chose. Heureusement au début du livre l'auteure a rédigé un résumé sympathique et drôle brossant l'intrigue principal et tous les détails qui ont leur importance pour cette suite ; merci d'avoir pensé à cela car j'ai pu profiter pleinement de cette excellente lecture qui démarre fort !

Dans ce deuxième tome aucun temps mort pour le jeune Indiana Teller : le rythme du récit ne décélère pas un seul instant, ce qui donne beaucoup de consistance à ce tome. Pas de longueur à déplorer de mon côté, je ne me suis pas ennuyée du début à la fin, on passe de révélations en révélations, avec de bons rebondissements et pas mal d'actions et de stratégie. Mais, parce qu'il y a forcément un aspect négatif à relever : un triangle amoureux Katerina/Indiana/Tyler qui me fait toujours lever les yeux au ciel tant c'est gnangnan, cliché et omniprésent, mais je ne suis pas le public visé par ce type d'intrigue, alors je ne râlerai pas plus que ça dessus.

Si l'état de santé du père de Katerina passe vite en arrière-plan et ne revient sur le tapis qu'en de rares occasions, c'est pour profiter de Katerina victime d'un Charme aussi terrible que pénible, d'Indiana souhaitant contrôler ses pouvoirs et sauver sa bien-aimée, d'Axel amoureux d'une SangVol - une vampire surpuissante et redoutable -, de Brandkel père et Brandkel fils dont les plans ne cessent de détruire petit à petit le monde d'Indiana, des loups-garous, voir même de l'humanité... Il y a des facilités scénaristiques, je l'accorde, mais comme j'étais plongée dans ma lecture cela ne m'a pas dérangé, surtout quand c'est cohérent et bien amené. Si le reste de la saga continue ainsi je dis oui !

Avec l'humour et le style de l'auteure ce n'est qu'un plaisir de découvrir toutes ces péripéties, mais là où elle fait fort à mes yeux c'est lorsqu'elle introduit au récit des vampires - les habitués savent que j'adore ces créatures -. La construction de ce peuple, son histoire, leur pouvoir, c'était fascinant à découvrir progressivement. C'est ce qui classe ce tome largement au-dessus du premier, sans l'ombre d'un doute. Le groupe mené par Annabelle est une bouffée d'air frais, je suis particulièrement fan d'Erik et de Lord Brandon, un des antagonistes principaux du tome. Voir ce peuple côtoyer celui des lycanthropes est aussi amusant que cocasse, et j'aborde ainsi l'autre point fort du tome : les histoires politiques et les conflits entre les différentes espèces. Tout est à double sens dans les propos, ça se menace à tout va en se collant des grandes claques dans la tête, le danger peut venir de partout et surtout des personnes dont on se doute le moins - ma grosse surprise concerne Tyler, je suis encore sidérée par ses actions, décidément je ne l'aime pas et il va très bien avec Serafina -. Et que dire des manipulations de certains personnages ! C'est comme cela que l'intrigue se complexifie et gagne en intensité à chaque page, j'en redemande encore. 

Les loups-garous forment un groupe assez soudé et solidaire, c'est rassurant de le constater pour la suite des événements. J'apprécie de plus en plus la famille d'Indiana, malgré leurs mauvais côtés et leurs mensonges : ils reconnaissent leurs erreurs mais veulent sauver leur famille malgré tout. Ils montrent d'ailleurs plus de bienveillance envers le protagoniste, ce qui m'avait manqué dans le premier tome. La grand-mère est d'ailleurs devenue une de mes personnages préférées, en grande partie grâce à son caractère et sa détermination. Nanny ne m'emballe pas plus que cela, tout comme la mère d'Indiana qui reste trop mystérieuse et que je soupçonne d'en savoir beaucoup sur ce qu'il se passe... A propos du personnage principal, j'adore sa répartie, son humour et aussi son courage pour faire face à ce qui lui passe dessus constamment. Par moment il en devient agaçant mais il a le don de détendre l'atmosphère, et il se laisse moins marcher dessus par ses confrères loups-garous, ce qui est une bonne évolution.
Mais quelle claque sur les révélations du père d'Indiana ! Je ne pensais pas faire face à ce genre de secret, surtout dans un roman jeunesse ; le roman prend une tournure plus mature et plus dramatique, ça me plaît bien. Le reste de la meute est attachante, Chuck est un vrai bouffon qui me fait plus rire par ses moments de lucidité que par ses blagues. Et Axel reste un de mes chouchous, je suis contente de son évolution et j'aime sa relation compliquée avec Annabelle.

La fin de ce tome est malheureusement trop rapide dans son déroulement, le résultat est un peu brouillon, et ce qui arrive à Katerina était prévisible depuis une bonne partie de l'histoire. N'appréciant pas cette fille, je sens que la romance va encore être trop présente dans le fil rouge du prochain tome. Et au vu des récentes découvertes scientifiques je me doute à l'avance de ce qui pourrait bien s'y produire. Je reste cependant positive pour la suite car l'auteure est bien partie pour me faire adorer sa saga, malgré quelques points négatifs et une romance peu captivante.


" J'étais grand. Mais je dus lever la tête pour dévisager le géant qui me faisait face.
Dire qu'il était impressionnant est faible. Rien ne pouvait rendre justice à ce qu'il était. Ses yeux violets, les mêmes que ceux de sa fille, étincelaient d'une colère glaciale et féroce. Comme la première fois que je l'avais vu, il était vêtu de blanc, immaculé. Il était magnifique, son visage comme taillé dans le marbre le plus fin, ses cheveux bruns coulant dans son dos.
Cela fut plus fort que moi.
- Pourquoi êtes-vous si grand ? demandai-je impulsivement. Les autres vampires sont d'une taille à peu près normale, mais vous, waah, c'est impressionnant. Vous ne passez pas votre temps à vous cogner la tête ?
Je vis dans ses yeux qu'il était déconcerté. Bon, à sa décharge, c'est un sentiment que j'inspire souvent aux gens qui me côtoient, allez savoir pourquoi. "

10.11.18

[Chronique] Les ailes d'Alexanne, tome 1


 Les ailes d'Alexanne, tome 1 : 4h44 
2011
Anne ROBILLARD
Editions Michel Lafon
365 pages
 15 € 

 « A la mort de ses parents, Alexanne Kalinovsky est confiée à sa tante Tatiana dont elle ignorait jusqu'à présent l'existence. Rapidement, la jeune fille constate que cette dame n'est pas une personne ordinaire. Elle vit seule dans un immense manoir aux multiples chambres parfumées à l'encens...
Alors qu'elle a du mal à s'habituer à ce nouvel environnement, Alexanne découvre peu à peu l'histoire de ses origines et ses dons particuliers, levant le voile sur l'héritage étrange dont sa famille l'avait tenue éloignée. Mais des événements imprévus viennent compromettre sa quête spirituelle. Car les bonnes fées ne sont pas toujours celles qu'on croit... » 

Grande fan des Chevaliers d’Émeraude que je suis, j'avoue être assez curieuse sur les autres romans de l'autrice, Anne Robillard. Si je n'ai pas été convaincue par les deux premiers tomes des Cordes de Cristal (un roman sur fond de rock et avec une bonne dose d'ésotérisme) j'ai donc tenté ma chance sur Les Ailes d'Alexanne pour rattraper ma déception. Malheureusement c'est une fois de plus raté, je n'ai pas du tout accroché à l'histoire et encore moins aux personnages...

Je suis passée en grande partie à côté du roman pour la simple et bonne raison que l'ésotérisme et moi ça fait deux. Je ne juge pas les gens qui ont ce type de croyance, c'est votre choix et c'est important si ça vous aide à vous sentir mieux ou à répondre à certaines questions. Mais pour le coup j'ai plus eu l'impression de lire des chapitres entiers sur l'ésotérisme en général qu'une histoire : comment parler aux êtres de la nature qui nous entourent, comment aider des fantômes hantés par leur passé, les âmes sœurs qui se rencontrent au fil des siècles, les vies antérieures, la double vue, l'exorcisme, la vie après la mort, le dialogue avec les anges, etc. Dans un monde entièrement fantastique/fantasy, pourquoi pas, mais dans un contexte réaliste comme c'est ici le cas je n'accroche pas une seule seconde. Et de ce fait, à part dans les derniers chapitres il n'y a pas de vraies péripéties, ce qui a rendu ma lecture laborieuse et monotone, même si la plume de l'autrice est toujours aussi agréable et fluide à lire.

Je vais pouvoir enchaîner avec le deuxième gros soucis du roman : les personnages. La tante d'Alexanne, Tatiana, est très gentille, je ne le cache pas, mais elle est sans cesse en train de convertir sa nièce à ses croyances, et cela m'a gênée à certains moments. De plus je la trouve trop lisse, gentille et pas assez caractérielle, ce qui ne la rend pas mémorable à mes yeux. Pour Alexanne ce n'est pas le coup de cœur non plus, même si ses réactions étaient cohérentes : elle n'est pas tout le temps d'accord avec sa tante et ses croyances, elle reste sceptique face à certaines situations, mais une fois devenue progressivement une fée elle gagne en courage et en prise d'initiative. C'est d'ailleurs ce qui permet d'avoir une fin un peu plus intéressante, avec de l'action. J'ai par ailleurs bien aimé la révélation sur l'accident lors de sa naissance, les histoires de sa famille étant obscures mais pas bien mises en avant, ce qui est une fois de plus dommage.

Le seul personnage qui sauve l'histoire n'est d'autre que l'oncle d'Alexanne, Alexei. Désagréable et renfermé, il cache un profond mal-être à cause de son enrôlement forcé dans une secte et de sa malédiction. La construction psychologique du personnage est complexe, et seule son envie de vengeance m'a donné envie de poursuivre ma lecture jusqu'au bout. Je suis donc déçue de voir que ce que j'attendais le plus se passe dans le tome suivant... J'avoue juste avoir grincé des dents lors des moments où il protège un peu trop sa nièce ; et justifier son attitude par "c'est son âme sœur et ils étaient mariés dans un ancien temps donc c'est LOGIQUE qu'il agisse ainsi" ne m'a vraiment pas convaincu, heureusement cela s'arrête bien vite dans le récit.
Je ne parlerai pas des autres personnages importants pour l'intrigue, comme Paul, Sylvain ou même Matthieu, car ils ne sont pas très marquants pour ma part, ils manquent également de développement.

En conclusion c'est un deuxième échec dans ma découverte des œuvres d'Anne Robillard : l'omniprésence de l'ésotérisme aura eu raison de moi et m'aura fait passer à côté de la quasi-totalité du récit. Alexei sauve un peu la mise, mais cela reste faible comparé à tout le reste. Je pense donc ne pas continuer la saga, bien qu'en lisant les résumés l'histoire semblait intéressante et plus mouvementée.

29.7.18

[Chronique] Les Héritiers d'Enkidiev, tome 12 : Kimaati


 Les Héritiers d'Enkidiev, tome 12 : Kimaati 
2016
Anne ROBILLARD
Editions Michel Lafon
309 pages
 15€30 

• "Tel qu'il l'avait promis à Kimaati, après avoir bravé de nombreux dangers, Auroch revient à An-Anshar avec deux mille féroces hommes-taureaux prêts à se battre. De son côté, Kira se prépare à l'affrontement et divise les Chevaliers d'Émeraude en six garnisons, sous le commandement des membres de la première génération, comme autrefois. Avant de rejoindre son armée aux pieds d'An-Anshar, Onyx tente de terminer sa conquête d'Enlilkisar en unifiant les puissants et querelleurs princes Madidjins, mais comment s'y prendra-t-il? Pendant que le retour de Wellan frappe les vaillants Chevaliers de stupeur, Onyx prend rapidement les choses en main et, une fois devant sa forteresse, il défie Kimaati. Mais comment la petite Obsidia réussira-t-elle à stopper les puissants guerriers-taureaux? Et qui l'emportera, le lion ou le loup?" 

Ce tome est la conclusion du second cycle des Chevaliers d’Émeraude, une saga que j'adore particulièrement depuis mon adolescence, et je dois dire que mon avis final est assez mitigé. Cette chronique risque par ailleurs d'être plus longue que d'habitude, mais j'avais vraiment besoin d'écrire tout ce qui me passe par la tête.

Le gros point noir du tome - et de ce cycle - est la quantité de point de vue et d'histoires. Les personnages étant nombreux, il est compliqué de se plonger dans un chapitre avec un groupe car dans le chapitre suivant on se retrouve de l'autre côté d'Enkidiev, à Enlilkisar, avec un autre groupe, et ainsi de suite; le tout entrecoupé de passages avec les Immortels devenus humains qui tentent de vivre "normalement". Résultat : je me suis attachée à très peu de nouveaux personnages car je ne me sentais bien qu'avec les anciens (que j'avais pris le temps de connaître avec la saga précédente et dont j'avais hâte de suivre les aventures ici). Je manquais de repère sans eux. Et c'est avec regret que bien des personnages dont j'attendais le retour sont restés dans l'ombre jusqu'à la fin...

J'ai adoré suivre la fin de la conquête du continent par Onyx, Wellan et le reste de sa famille; mais au bout du douzième tome c'était assez redondant : Onyx débarque dans une région, se retrouve face à une figure d'autorité, lui montre ses pouvoirs - Onyx dans toute sa splendeur -, raconte son speech sur son désir d'être le roi du continent sans non plus être imposant dans leur vie quotidienne, un accord est conclu alors direction la région d'après. C'était trop facile, j'avais espéré plus de difficultés et de résistance pour atteindre son but. En même temps vu les pouvoirs surréalistes que lui a donné l'autrice il était compliqué de lui mettre des bâtons dans les roues... Heureusement qu'Onyx reste fascinant à suivre dans sa psychologie et dans son attitude, sinon cela aurait été plus ennuyant à lire, surtout lors des trajets. Cela dit, ce groupe a permis d'introduire les coutumes locales et les traditions des habitants : Anne Robillard a toujours eu beaucoup d'imagination pour créer des univers et des peuples intéressants à découvrir tout en restant cohérent, et c'est par le biais de Wellan que l'on découvre le lore. Et moi le lore, j'adore. J'ai d'ailleurs une préférence pour le peuple Kentauros que l'on voit dans la première partie du tome.

Comme dans les précédents tomes Anne Robillard va chercher à caser ses protagonistes en couple afin d'apporter un peu de douceur dans son monde et de ralentir le rythme du récit. Là aussi je déplore un défaut majeur : je trouve que les personnages rencontrent bien trop facilement leur âme sœur et se marient à la vitesse de l'éclair. Alors, à l'exception du couple Theandras/Roldan que j'ai trouvé adorable, je ne sais pas quoi dire des autres tellement c'était rapide et peu intéressant pour le reste de l'intrigue, et je me doute qu'on ne reverra jamais leurs potentiels enfants dans le troisième cycle... Le pire vient probablement d'Aquilée, dont le principal rôle dans ce tome est de faire sa potion d'amour pour Fabian et d'aller le rejoindre au château pour l'utiliser. J'en suis triste pour elle. Je ne suis pas branchée romance certes, mais on est quand même bien loin des histoires d'amour de Wellan, Bridgess et Santo ou encore de Kira et Sage.

D'autres personnages ont cela dit attisée ma curiosité : d'abord Tayaress (qui aura été mystérieux et imprévisible jusqu'au bout) et surtout Sappheiros, qui a de belles motivations de vengeance mais qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe à la toute fin. Briag était amusant à suivre, j'aime son côté naïf quand il découvre le monde extérieur. Hadrian n'a pas vraiment brillé dans ce tome, j'avais pourtant attendu avec impatience ses retrouvailles - et ses explications - avec Onyx mais c'est passé à la trappe; pareil pour les retrouvailles avec Wellan et le reste des chevaliers. Il y avait de la matière pour faire un dernier tome magistral avec de l'émotion, mais à chaque fois c'est tombé à côté pour aller vite à l'essentiel et c'est dommage.

J'avais également beaucoup d'attentes pour le combat final. Après tout il y avait assez de mystères et de chapitres consacrés à la recherche de l'élue, notamment avec le groupe de Lassa, Briag et Hawke (même si l'identité de cette dernière était loin d'être cachée, bien au contraire, c'était raté pour l'effet de surprise); et cela faisait plusieurs tomes que Kimaati imposait sa puissance. Et... pas de chance, encore loupé. Si j'ai adoré retrouver les anciens commandants pour l'élaboration de leur plan d'attaque, ce passage était malheureusement trop court. Et quand arrive ce fameux combat final, le constat est le suivant : en deux chapitres c'est bouclé. Le duel Onyx/Kimaati n'était pas si extraordinaire que ça - le résumé était pourtant vendeur -, l'élue a accompli son rôle mais la mise en scène était absurde, et je suis restée avec de multiples questions sans réponse. On est bien loin des combats épiques et tragiques des Chevaliers d’Émeraude. Cela dit l'épilogue rattrape le reste car deux personnages que j'apprécie vont disparaître sans laisser de traces, Kira et Onyx offre une (toute) petit scène touchante, Sappheiros va poursuivre sa vengeance, de nouvelles perspectives pour débuter le troisième cycle, celui des chevaliers d'Antarès.

En conclusion, beaucoup d'attentes et d'espoir pour finalement de la déception. L'autrice rate des occasions intéressantes pour ses protagonistes et leur relation, la faute à des points de vue nombreux et pas tout le temps intéressants. C'était le tome de la facilité, autant dans la conclusion que dans les objectifs à atteindre (en même temps le scénario a été généreux en puissance magique et en descendance divine pour quelques-uns). Ce cycle reste sympathique à lire malgré tout, il y a de bonnes idées et de bons moments à passer avec les chevaliers, la plume d'Anne Robillard est agréable et fluide à lire, mais ça reste clairement en-dessous du premier cycle. Je lirai quand même la suite par curiosité car l'épilogue relance mon intérêt pour la saga, mais je vais en attendre le moins possible afin d'éviter les mauvaises surprises.