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5.11.20

Le château de Pictordu


❝ Alors que Mr Flochardet ramène de pension sa fille unique de huit ans, Diane, un accident sans gravité les contraint à passer une nuit au château de Pictordu, abandonné et en partie en ruines. Ce lieu a la réputation d’être hanté : est-il vraiment gardé par la mystérieuse « Dame au voile », dont Diane croit avoir entendu l’invitation à entrer après l’accident ? ❞


George Sand fait partie de mes lacunes en terme de classique de la littérature française que j'avais réellement envie de combler. Cette nouvelle a attisé ma curiosité, de par son résumé et sa couverture intrigante. Je ressors assez surprise... car je ne pensais pas autant aimer ma lecture !

Nous suivons l'histoire de Diane Flochardet, une petite fille malade pour une raison inconnue, alors qu'elle voyage avec son père afin de revenir à la maison. Sur le chemin, la petite famille a un accident et est contraint de se réfugier la nuit dans un château réputé hanté, le château de Pictordu. Ici, une étrange femme au visage voilé apparaît à Diane et l'invite à visiter son château en ruines. Sans le savoir, cette nuit-là, Diane va être intimement liée à cet endroit, et ce pour des années...

L'histoire est courte et rapide à lire, surtout que la plume de George Sand est moderne et donc très accessible. Les dialogues sont très bien construits, tout comme les descriptions des endroits fréquentés par Diane - j'ai adoré les détails autour du château, je m'y suis vraiment cru. L'autrice réussit à construite en quelques pages une ambiance particulière, mystérieuse, et j'ai facilement compris tout l'amour que porte Diane à ce lieu au fil du temps.

Car oui, le récit ne se porte pas que sur la "petite" Diane ; on la voit grandir, atteindre la vingtaine, mais son parcours de vie, semé de doute, de tristesse, de maladie, sera toujours lié de près ou de loin à Pictordu et sa figure féminine qui la hante. J'ai été surprise pas les thématiques traitées, surtout que le public visé initialement est jeune - par certains aspects on se rapproche du conte, notamment avec les touches de fantastique. Les messages sont cependant assez beaux, avec une note d'espoir, d'acceptation, de pardon. L'histoire familiale de Diane est dure mais la conclusion n'en est que plus belle après tant d'épreuves. J'avoue avoir quand même eu du mal avec la belle-mère de Diane, odieuse et infecte dans chacun de ses mots et gestes.

Le dernier mot
Un très beau conte rempli de douceur et de mélancolie, qui permet de se familiariser avec la plume de George Sand. Diane est un personnage touchant à découvrir au fil des pages, et j'ai aimé suivre son évolution malgré des passages durs (et une belle-mère clichée à souhait).

24.10.20

Lettre d'une inconnue


Lettre d'une inconnue
- ZWEIG -
Editions GF / 80 pages / 4€30
Parution le 4 janvier 2013 (pour cette édition)

Ma note finale : 15/20


« Un amour total, passionnel, désintéressé, tapi dans l'ombre, n'attendant rien en retour que de pouvoir le confesser. Une blessure vive, la perte d'un enfant, symbole de cet amour que le temps n'a su effacer ni entamer. Une déclaration fanatique, fiévreuse, pleine de tendresse et de folie. La voix d'une femme qui se meurt doucement, sans s'apitoyer sur elle-même, tout entière tournée vers celui qu'elle admire plus que tout. Ici nulle confusion des sentiments : la passion est absolue, sans concession, si pure qu'elle touche au sublime. »



C'est une nouvelle que j’avais découvert grâce à la chronique de Marinette, et que j’étais curieuse de découvrir. Je suis contente d’avoir fait connaissance avec la plume de Zweig, son univers, ses thématiques : le texte a beau ne faire que quarante pages, c’était intense. J’ai donc passé un bon moment de lecture.

L’histoire est celle d’un homme qui, le soir de son quarante-et-unième anniversaire, reçoit une curieuse lettre assez épaisse. Son contenu est déroutant, déchirant – en effet, une femme (dont on ne connaîtra pas l’identité) lui écrit le récit de sa vie, plus précisément de son amour pour lui, au fil du temps. Le ton est donné dès le début : si la lettre est arrivée à son destinataire, c’est parce qu’elle est morte, suite à un terrible événement. Le seul problème, c’est que cet homme ne se souvient pas d'elle.

Ça se lit rapidement vu l’épaisseur de la nouvelle ; pourtant j’ai été surprise par l’intensité des sentiments de la narratrice, ainsi que par la psychologie des deux protagonistes. Zweig parle d’amour à sens unique, de secrets et d’obsession sentimentale/charnelle à travers le portrait d’une femme qui ne vit que pour l'être aimé, quitte à faire des choix plus ou moins « discutables ». 

Je suis quand même touchée par son histoire et la tragédie qui l’entoure. Cependant, j’avoue avoir eu du mal à la comprendre à certains moments car je trouvais cette relation malsaine, limite toxique, en grande partie à cause du personnage masculin trop volage et insensible à son environnement. Pour être honnête : je l’ai trouvé infect jusqu’à la dernière ligne.


En conclusion je suis ravie de me replonger doucement dans des classiques, surtout avec une nouvelle puissante mais dure à lire. Je ne suis pas très fan de ce genre de relation, et de ce fait je n’ai pas réussi à accrocher aux deux personnages principaux, mais ce n’est pas le but premier de l'histoire. Rien que pour la psychologie des deux individus et le style de l’auteur cette nouvelle vaut le (petit) détour !

2.5.19

[CHRONIQUE] Le Procès - Kafka


Le Procès - Franz Kafka
(Der Prozeß, traduit par Bernard Lortholary)
Editions Flammarion (GF) - 305 pages - 4€40
2011

-- Résumé --

Un jour, deux hommes viennent chez Joseph K. et lui annoncent qu’il est arrêté. Pourquoi ? Quel est son crime ? Une question à laquelle personne ne veut répondre ou ne peut répondre. Arrêté mais libre de circuler, de travailler et de vivre, K. ne comprend pas ce qui lui arrive. Quelle sera l’issue de ce procès hors norme ?

-- Mon avis --

Autant être honnête dès le début : ma lecture n'a pas été un franc succès, surtout que c'est la première fois que je découvre la plume de Kafka. Le fait que l'histoire ne soit pas complète, que je sois passée à côté des personnages et que je n'adhère pas à l'humour et aux réflexions de l'auteur ne m'aide pas à apprécier ce roman dans sa globalité.

Je n'ai rien à redire sur le style d'écriture de Kafka (et du traducteur surtout) : c'est parfaitement fluide, les pages se tournent rapidement - surtout que l'histoire est courte - ; seules certaines phrases sont un peu alambiquées et il y a la présence de quelques paragraphes assez lourds dans la narrations à propos de la justice et des traitements des affaires - choses qui ne me passionne pas du tout -. J'ai majoritairement lu ces passages en biais car je voulais plutôt avoir le fin mot de l'affaire. C'est une déception puisque je trouve le final trop abrupt, beaucoup de choses restent en plan, et on ne sait toujours pas pourquoi K. a été arrêté - je sais que c'était le but de l'auteur mais je m'attendais à autre chose -.

Au total le roman comporte dix chapitres, on y voit clairement le début et la fin, mais ce qui se passe au milieu n'est pas du tout équilibré et pertinent à mon sens : si j'ai sincèrement adoré le chapitre où K. rencontre l'industriel et le peintre - il y avait de la tension, des interrogations majeures pour K., de la complexité à travers ces deux personnages -, je me suis souvent ennuyée avec l'avocat, Block, son oncle, Léni, et bien d'autres personnages. Leurs relations avec le protagoniste étaient étranges : il y a de la méfiance, puis rapidement de la complicité et de l'affection, et sans que je réussisse à comprendre pourquoi un élément va produire de la pitié, du dégoût, de la jalousie, de la haine. Je n'ai donc eu aucune empathie envers K., dont le comportement m'échappait la plupart du temps, et ce n'est pas la fin qui va m'aider à changer d'avis sur lui.

Les thèmes abordés par l'auteur sont effectivement intéressants au premier regard : la justice et ses lois contradictoires, l'administration et sa complexité, les notions de culpabilité et d'innocence, le regard des autres, l'existence humaine et son sens, etc. Malheureusement ce n'est pas avec K. que je réfléchirai à ses notions, et encore moins avec ce livre. Il y a trop d'absurdités, de contradictions ; je n'ai pas été du tout sensible à ce style mais cela ne veut pas dire que ce sera le cas pour tout le monde.



"- Tu vois, Willem, il avoue qu'il ne connaît pas la loi et, en même temps, il prétend qu'il est innocent.
- Tu as tout à fait raison, mais c'est un homme qui ne veut rien comprendre. "


En conclusion mes premiers pas dans l'univers de Kafka ne sont pas des plus plaisants, je suis même légèrement déçue, en grande partie à cause de l'ambiance absurde omniprésente et de personnages peu/pas attachants. Je ne garderai pas un souvenir impérissable de ce livre, mais il est fort possible que je n'ai pas commencé par le bon roman pour découvrir l'auteur, alors je ne compte pas m'arrêter à cette expérience !

27.11.18

[Chronique] Dracula


• Dracula 
1897
Bram STOKER
Editions Pocket
511 pages
• 5€50 

"Répondant à l'invitation du conte Dracula qui prépare son prochain voyage en Angleterre, Jonathan Harker découvre à son arrivée dans les Carpates un pays mystérieux. Un pays aux forêts ténébreuses et aux montagnes menaçantes. Un pays peuplé de loups dont les habitants se signent au nom de Dracula. Malgré la bienveillance de son hôte, le jeune clerc ne peut qu'éprouver une angoisse grandissante. Ce comte, qui contrôle son courrier et verrouille les portes de son château, ne se reflète pas dans les miroirs et se déplace sur les murs en défiant les lois de l'apesanteur...
Jonathan Harker doit se rendre à la terrifiante évidence : il est prisonnier d'un homme qui n'est pas un homme. Et qui partira bientôt hanter les nuits de Londres..."

Un grand classique de la littérature que j'avais hâte de découvrir, et j'ai profité d'Halloween pour m'y plonger complètement. J'en ressors plutôt conquise, et je ne suis pas déçue des aventures de Jonathan, Mina et leur compagnie !

Je ne m'attendais pas à ça du côté de l'histoire, et ce n'est peut être pas plus mal. L'épisode dans le château de Dracula est assez court, je pensais qu'on allait y être plus longtemps. En vérité cela sert d'introduction au légendaire vampire et à ses préparations pour son voyage à Londres, avec l'aide (involontaire) de Jonathan. J'aime beaucoup le personnage de Dracula : mystérieux, effrayant, maléfique, très malin, il est tel que je me l'imaginais. Le reste du livre est consacré aux quotidiens mouvementés et étranges de Mina, Lucie et du docteur Seward, à travers des entrées de journal, des lettres, des télégrammes. Cela donne au récit un aspect découpé dans la narration et dans le temps, il faut donc être vigilant à qui écrit quoi et le destinataire mais je n'ai pas été perdue une seule fois.

Pendant la majorité du livre nous suivons ainsi le groupe de protagoniste à travers leur découverte de l'étrange, leur enquête pour sauver Lucie, leur connaissance des plans de Dracula et leur course-poursuite de ce dernier afin d'aider Mina. Si l'histoire est prenante j'ai trouvé pas mal de longueurs à certains moments, surtout dans la période où Van Helsing essaye de leur dire qu'un vampire est parmi eux. Le récit aurait gagné en vitesse si le chasseur de vampire avait voulu partager son opinion dès le début, même si je sais que le scepticisme est le gros problème de son public. Pire, il y a des pavés de dialogues avec des personnages secondaires qui m'ont fait lire quelques pages en diagonales, surtout quand le patois est utilisé... Je trouve également la fin expéditive, je m'attendais à un combat plus long, plus glorieux face à Dracula, même si la poursuite est intense. Ces déceptions restent évidemment mineures face au plaisir que j'ai globalement éprouvé à chaque chapitre.

Du côté des personnages j'avoue avoir un coup de cœur pour Mina, qui malheureusement souffre de sa condition de femme à l'époque de l'écriture. Elle est intelligente, gentille, optimiste et aide énormément le groupe (qu'est-ce qu'ils auront fait sans elle, vraiment ?), et cela m'a fait du mal de voir qu'elle soit considérée comme faible par certains hommes du livre, et qu'on a même voulu l'écarter de l'enquête... Jonathan est un bon personnage, il forme un beau couple avec Mina et je ne peux qu'approuver la force et le courage que son amour lui donne ; pareil pour Van Helsing qui est fascinant à lire et impose sa réflexion. Je suis plus réservée pour le docteur Seward, Quincey Morris, Lucie et Arthur. Ils sont tous importants pour l'histoire et apporte une touche de douceur, d'amour, de détermination, de tragédie à travers les épreuves de Dracula, mais je ne garderai pas un souvenir impérissable d'eux.

En conclusion je suis contente d'avoir lu ce roman qui attendait sagement depuis trois ans dans ma bibliothèque, je l'ai lu au bon moment ce qui fait que j'ai pu l'apprécier comme il se doit. Malgré les longueurs et d'autres petites déceptions mineures cela reste une très bonne lecture, Dracula m'a fasciné et s'est montré à la hauteur de mes attentes !

24.6.18

[Chronique] La Religieuse


Aujourd'hui c'est une chronique de roman que je vous livre de bon matin, sur un classique du XVIII° que j'ai bien failli ne jamais découvrir : La Religieuse.

Il faut savoir que ma première expérience de lecture chez Diderot remonte à deux ans à peine, lorsque j'ai étudié Jacques le Fataliste en deuxième année de Lettres Modernes. C'était une lecture compliquée, éprouvante, catastrophique. Ça partait dans tous les sens et je ne voyais pas où l'auteur voulait en venir, chaque page étant une torture supplémentaire (et bon sang que je déteste me forcer à lire); un très mauvais souvenir qui ne m'a pas donné envie de découvrir d'autres œuvres du monsieur, du moins pas avant un bon moment.
Pourtant, dans ce même cours, j'ai eu l'occasion de lire des extraits d'autres romans, comme Les Bijoux indiscrets ou encore La Religieuse; et pour ce dernier j'avais terriblement envie de me le procurer, surtout à la lecture du résumé. Grâce à la magie des bouquineries c'est chose faite, même si j'ai attendu pratiquement un an avant de m'y plonger sérieusement, et j'en ressors plutôt satisfaite, malgré quelques défauts.

"Parce qu'elle est une enfant illégitime, Suzanne Simonin est enfermée par ses parents chez les religieuses de Longchamp où on la force à prononcer ses vœux. Pieuse et innocente, elle tombe sous la coupe d'une nonne illuminée déjà perdue de mysticisme avant de devenir la proie d'une mère supérieure qui va faire de sa réclusion un enfer. Harcelée, martyrisée, elle subit les pires sévices. Femme cloîtrée soumise à toutes les perversions de la vie monastique, Suzanne peut-elle échapper à la folie?" (résumé Livraddict)

Ne vous attendez donc pas à une histoire joyeuse, le résumé en est la preuve. Tout au long du récit nous allons suivre le parcours de vie chaotique de la jeune Suzanne, obligée de vivre comme religieuse dans des couvents où elle subira la colère, le mépris, la jalousie, la folie de ses consœurs et de ses mères supérieures. La pauvre Suzanne n'a effectivement pas de chance (un peu trop même, mais c'est du Diderot), et ce qui la sauvera à plusieurs reprises c'est son caractère (elle est douce, naïve, obéissante mais très résolue) et son envie de liberté.
Je me suis attachée à cette jeune femme qui n'a rien demandé, et qui va devoir payer l'erreur de sa mère au prix de souffrances et d'épreuves psychologiques épouvantables, mais qui s'attache désespérément à un espoir. La plume de l'auteur est par ailleurs très agréable à lire durant ces passages, ce qui évite des descriptions trop lourdes et angoissantes. Si la naïveté de Suzanne m'a plus d'une fois exaspérée, je la trouve touchante, humaine, et je suis un peu triste de la quitter ainsi à la fin du roman, car finalement on ne sait même pas ce qu'il advient d'elle après son refuge dans la blanchisserie. Va-t-elle en effet trouver un endroit où travailler loin du monde et finir sa vie paisiblement? Ou va-t-elle être retrouvée et replonger dans la tourmente? Mystère. En tout cas le récit est assez rapide à lire, pas difficile à appréhender avec le vocabulaire de l'époque et celui plus spécifique de la religion.

La satire propre à Diderot rend malheureusement la plupart des personnages caricaturaux, donc il m'a été impossible de m'attacher véritablement à eux. C'est le cas notamment pour les mères supérieures, clichés de femmes cruelles, dominatrices et folles qui abusent de leur pouvoir; M. Manouri qui fait figure de chevalier servant afin de délivrer Suzanne de son sort contre absolument rien d'autre (cela lui donne "bonne conscience"); Sœur Thérèse qui est jalouse de sa beauté et qui fait des caprices digne d'un enfant pour exister aux yeux de Sa Mère; ce sont des portraits qui rendent la lecture vivante et dynamique, certes, mais je n'ai aucune compassion pour eux, et cela entraîne un énorme gouffre entre le message sérieux qu'il y a derrière et ceux qui y jouent un rôle.

Le cœur de l'histoire, c'est la religion; et Diderot en peint une vision effrayante mais réaliste, et c'est ce que j'ai finalement le plus apprécié dans ma lecture. A son époque ce genre d'affaires dans les couvents était monnaie courante, et la dénoncer, la mettre aux yeux de tous est une bonne chose. La torture, les moqueries, les punitions, la solitude, l'asservissement, la séquestration, la manipulation; de multiples dérives qui ne devaient pas sortir du lieu en lui-même, Suzanne va vivre tout ceci au quotidien, mais il faut garder à l'esprit que bien d'autres religieuses étaient comme Suzanne. C'est donc une très belle dénonciation de la part de Diderot, qui aurait été parfaite si les personnages n'étaient pas si exagérés dans leur attitudes ou leurs paroles.

En conclusion, j'ai apprécié le message de dénonciation derrière l'histoire de Suzanne; je reproche juste à l'auteur de ne pas avoir été sérieux jusqu'au bout en plaçant des personnages trop caricaturaux dans le récit, ce qui entraîne des situations absurdes et dénature la véritable horreur d'autres situations. Ce roman m'a quand même réconcilié avec Diderot, ce qui n'étais pas gagné d'avance, et j'espère avoir l'occasion de lire d'autres œuvres de cet auteur.