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27.9.18

[Chronique] Il était une fois... d'après Grimm


• Il était une fois… d’après Grimm 
2016
Adapté par Kei Ishiyama ; œuvre originale de Grimm
Editions Nobi Nobi !
368 pages
 11€50 

• « Le Petit Chaperon rouge, Le Chat Botté, Raiponce… Découvrez ou redécouvrez les contes intemporels des Frères Grimm en version manga, dans cette libre interprétation des célèbres histoires (inclus : l’intégralité des textes originaux) » 

Une agréable lecture à travers les contes de Grimm. Si j’en connaissais la plupart j’ai quand même pu en découvrir trois, je suis ainsi ravie que la sélection des histoires soit plutôt variée afin de permettre ce type de surprise !

Je suis par ailleurs fan du dessin de Kei Ishiyama : c’est très détaillé, les visages sont expressifs, les personnages facilement identifiables les uns des autres, il a su donner du charme et du caractère à ses adaptations de contes, avec une atmosphère tantôt mignonne tantôt cruelle, avec de la magie et des sentiments.

Le Petit Chaperon Rouge est malheureusement trop court pour être apprécié correctement (seulement 14 pages) ; j’ai trouvé qu’adopter le point de vue du loup était intéressant mais je ne m’attendais pas à cette tournure dans les événements, c’est une histoire d’amour vite bâclée par la grande ellipse à la fin. Dommage, il y avait de la matière pourtant !

Raiponce est une bonne surprise, surtout pour le principal choix de l’auteur : Raiponce est un homme ! Le sexe des protagonistes est inversé, j’avoue que je ne l’avais pas compris tout de suite parce que je m’étais bêtement conditionnée dans « Raiponce = fille », mais cela apporte une petite touche originale au conte. Celui-ci est également assez court à lire, cependant les grandes lignes du conte original sont présentes, ainsi que la cruauté des épreuves que traversent le couple.

Hansel et Gretel m’a laissé perplexe, c’est sans doute l’adaptation que j’ai le moins aimé. Hansel est obsédé par sa beauté tel Narcisse et voit son rôle de prince chez Hildegarde comme une bénédiction pour sa personne, alors que Gretel est toute mignonne et tente à plusieurs reprises de raisonner son frère. Ici pas de sorcière/vieille femme qui souhaite dévorer les enfants – sauf dans l’imagination de Gretel -, mais j’avoue ne pas avoir compris les objectifs et les motivations d’Hilde. Pourquoi garder jalousement Hansel, s’amuser avec pendant des jours pour le laisser repartir au moindre discours larmoyant, et avec beaucoup d’argent qui plus est ? En sachant pertinemment qu’il ne reviendra jamais à elle ? On ne le saura pas. La fin reste fidèle au conte d’origine, ce qui m’a également un peu déçue car je n’ai jamais compris pourquoi ils pardonnent à leur père…

Les Douze Chasseurs est l’un de mes contes préférés du recueil et une excellente découverte puisque je ne connaissais pas du tout l’histoire. On suit donc la relation amoureuse entre Christina et le prince Maximilien qui est sublime, bien qu’interrompue et fragilisée par le dernier souhait du père de Maximilien. Cette promesse va pousser Christina à se travestir en chasseur afin de rester aux côtés de son aimé et réveiller le cœur de son bien-aimé. Malgré tous les obstacles Christina ne faiblit pas, j’ai adoré son courage et son audace, j’avais quand même peur sur la fin mais c’était prenant à suivre. Un vrai coup de cœur !

Les Deux Frères fait partie des plus longues adaptations puisque l’histoire est découpée en deux parties. C’est également la deuxième découverte que j'ai faite. On va suivre les aventures de Walter et Volker, deux jumeaux qui vont, une fois adultes, partir chacun de leur côté accomplir leur rêve, avec pour seul compagnie des animaux dont la fidélité n’est plus à prouver. Il va y avoir des quiproquos entre les frères et une princesse à délivrer et dont l’amour va les amener à se méfier et douter l’un de l’autre, complexifiant l’intrigue jusqu’au dernier moment. J’ai d’ailleurs trouvé certaines scènes violentes dans la psychologie des frères, mais c’est ce côté sombre que j’ai le plus aimé ici, et la loyauté de Volker envers Walker est exemplaire.

Blanche-Neige était une bonne surprise. C’était juste trop mignon ! On va suivre Chandelle, un nain-magicien qui va croiser la route de Blanche-Neige, et développer des sentiments envers elle. Il est assez similaire à Grincheux dans le caractère, mais sa relation avec la princesse est juste adorable, pure, sincère ; et sa bouille m’a fait fondre. L’histoire reste assez fidèle avec le conte d’origine, on retrouve l’empoisonnement de Blanche-Neige, sa "mort" et son sauvetage par un prince. C’est donc une adaptation simple mais ça a marché avec moi.

Le Chat Botté est lui aussi découpé en deux parties, mais je n’ai pas réussi apprécier cette adaptation. C’est parti trop loin dans le côté fantastique avec des « chats hybrides se transformant aussi en gros monstres », et même si Karl est sympathique et drôle à suivre je n’ai pas accroché à Hans, un protagoniste plat dont la romance ne m’a pas passionné. Cela dit les liens entre Hans et Karl sont bien développés, notamment avec des flash-backs qui expliquent parfaitement le caractère des deux personnages. La fin est un énorme combat sanglant – même si ça reste modéré -, avec une conclusion mignonne mais trop rapide.

Le Prince Grenouille est agréable à lire mais sans plus. L’histoire d’amour entre le prince Matthias et la princesse Elisabeth – transformée en grenouille à cause d’une malédiction – est mignonne, simple, sans préjugé ni moquerie. La confiance s’instaure petit à petit, de même pour les sentiments, c’était bien construit à ce niveau-là, et cela permet d’apprécier la conclusion à sa juste valeur. J’ai beaucoup aimé Heinrich, dommage qu’il ne soit pas plus mis en valeur.

La Fauvette-qui-chante-qui-sautille clôt le recueil avec son histoire en deux parties, et c’était le troisième conte que je ne connaissais pas. Il ressemble beaucoup à « La Belle et la Bête » dans son histoire et le traitement de l’amour chez les protagonistes, même si une grande touche de fantastique est apportée afin de mettre un peu de péripétie au récit. J’ai adoré suivre Katharina dans son voyage pour sauver Lukas : elle va au final devoir mettre fin à une guerre entre le royaume du Soleil et celui de la Lune et détruire une puissante malédiction. Même si elle réussit à franchir tous les obstacles avec une facilité déconcertante – elle est très aidée au moindre problème -, ce conte est un excellent moyen de clore ce tour d’horizon de Grimm.

En conclusion c’était une agréable lecture, avec des bonnes adaptations et d’autres un peu moins, le tout avec des dessins enchanteurs et jolis à regarder. J’ai également fait quelques découvertes en matière de contes, ce qui est une chouette surprise et donne de l’intérêt supplémentaire au recueil. Je ne serai pas contre un deuxième manga de ce genre mais avec d’autres contes !

13.9.18

[Chronique] Raison et sentiments (manga)


 Raison et sentiments (adaptation manga) 
2017
Adapté par Stacy King ; dessins de Po Tse ; œuvre originale de Jane Austen
Editions Nobi Nobi ! (collection Les Classiques en manga)
300 pages
 10€75 

 « Marianne et Elinor Dashwood sont deux sœurs très différentes, l’une est impulsive tandis que l’autre est très réservée. Pourtant elles doivent toutes deux faire face à la mort de leur père et à ses conséquences. L’attachement d’Elinor pour le timide Edwerd Ferrars se voit détruit par l’opposition familiale de celui-ci tandis que la romance entre Marianne et le beau John Willoughby se termine en trahison et en humiliation publique… Les deux sœurs arriveront-elles à trouver le bonheur et à surmonter ces épreuves que la vie leur impose ? » 

Décidément je n’arrive pas à accrocher aux adaptations de Jane Austen dans cette collection. Même si je le préfère un peu plus à Emma – qui a été difficile à lire - ce n’est pas non plus un coup de cœur, je lui ai trouvé pas mal de défauts, cachant malheureusement les quelques éléments positifs.

Au niveau de l’histoire je n’en ressors pas très enthousiaste : autant la romance d’Elinor, la plus calme des deux sœurs, est intéressante à suivre – la raison dominant le personnage -, autant la romance de Marianne était insupportable. C’était trop dans l’exagération, dans le drame ; de plus Marianne est très romantique et focalisée sur des préjugés qui l’aveugle complètement, bref je pense que c’est en grande partie à cause de ce pan de l’histoire que je n’ai pas su apprécier ma lecture.
De plus n’étant pas fan de romance je partais là aussi avec une épine dans le pied puisque c’est LE sujet principal du livre : bien évidemment quelques révélations sont à prévoir pour faire basculer le récit et apporter du suspens et de l’intrigue mais rien d’extraordinaire, je trouve même que ça allongeait un peu trop le récit. Cela dit la fin m’a bien plu, les deux sœurs méritaient un couple heureux loin des machinations, de la jalousie et des manipulations de certains, et Marianne a enfin gagné en maturité ce qui la rend plus supportable qu’au début.

Les personnages principaux masculins sont là aussi un gros point noir. Le seul qui dépasse du lot et que j’ai sincèrement adoré est le colonel Brandon : un homme mature, sérieux, qui souhaite le bonheur de Marianne mais n’est en aucun cas lourd ou malveillant avec elle et ses proches. Son passé, qui est loin d’être joyeux, lui donne beaucoup de profondeur. Une très bonne personne donc, surtout comparé aux autres. Car je n’ai apprécié ni Edward ni John. Le premier homme est trop effacé et maladroit, surtout avec son histoire de fiançailles qui créé des quiproquos monstrueux ; le deuxième homme est juste ignoble à souhait et mérite amplement son sort dans l’épilogue. Je n’ai pas non plus réussi à m’attacher aux personnages secondaires, trop clichés à mon goût, même si je sais que l’autrice dénonce ainsi sa société et ses codes à travers eux.

Je ne suis pas fan des dessins de Po Tse. Je n’aime pas les traits des visages, les émotions sont trop vives, exagérées, ce qui tranche avec le contexte et l’époque de l’oeuvre originale. Un trait plus raffiné et détaillé (comme dans l’adaptation de Jane Austen par exemple, avec le style de SunNeko Lee) aurait mieux rendu, mais ce n’est que mon avis personnel.

En conclusion je n’ai malheureusement pas réussi à accrocher à cette adaptation de Jane Austen, trop romantique, trop exagérée dans les sentiments des personnages, et dont le dessin ne m’attire pas. Pourtant, si je n’ai pas envie de lire l’œuvre originale je suis plutôt curieuse d’en voir les adaptations à l’écran (séries et films), car cela me motivera peut être à changer d’avis sur les histoires d’Elinor et Marianne. Et de revoir le colonel Brandon.

21.8.18

[Chronique] Les Misérables (manga)


 Les Misérables (adaptation manga) 
2016
Adapté par Crystal Silvermoon ; dessins de SunNeko Lee ; script de Stacy King : œuvre originale de Victor Hugo
Editions Nobi Nobi ! (collection Les Classiques en manga)
336 pages
 10€75 

 « Dans la France chaotique du XIXe siècle, Jean Valjean sort de prison. Personne ne tend la main à cet ancien détenu hormis un homme d'église, qui le guide sur la voie de la bonté. Valjean décide alors de vouer sa vie à la défense des miséreux. Son destin va croiser le chemin de Fantine, une mère célibataire prête à tout pour le bonheur de sa fille. Celui des Thénardier, famille cruelle et assoiffée d'argent. Et celui de Javert, inspecteur de police dont l'obsession est de le renvoyer en prison! Une fresque historique et sociale, à travers les yeux de Valjean, pour redécouvrir les injustices et la vie difficile des Français, dans un contexte révolutionnaire. » 

Je connaissais l’histoire et ses personnages mythiques dans les grandes lignes, c’était donc une bonne occasion de connaître plus en détail le récit de Jean Valjean et Cosette. J’en ressors très satisfaite, pour moi cette adaptation a grandement réussi son pari de donner envie de lire l’oeuvre originale !

L’oeuvre de Victor Hugo est dense, mais il me semble ici que tout est fluide dans la narration, rien n’est précipité, on prend le temps de connaître les personnages, de suivre des intrigues principales et secondaires, à aucun moment je n’étais perdue ou ennuyée par l’histoire

Jean Valjean est un homme fascinant à suivre : de sa libération jusqu’aux derniers jours de sa vie il n’a cessé de faire tout son possible pour rendre meilleure la vie de gens miséreux, perdus, seuls ; il se rachète une conscience par ses actions mais il le fait bien. J’adore la relation paternelle qu’il entretient avec Cosette, ils sont touchants à suivre dans le temps (et surtout quand Cosette devient une jeune femme, il devient alors très – trop – protecteur !). Pourtant il arrive à mettre de côté ses sentiments voir même sa vie pour sauver celles des autres, quitte à y perdre beaucoup : je pense notamment à son comportement envers Javert ou encore à Marius.
Fantine est une femme dont le destin tragique est bouleversant et marquant : les sacrifices qu’elle fait pour aider sa fille Cosette sont horribles, à la limite du supportable ; le fait que l’on voit en dessin ce qu’elle va finir par devenir est encore plus impactant pour le lecteur, en tout cas c’était mon cas, je n'est pas était insensible par son sort...
Cosette est mon personnage préféré : adorable, courageuse, d’apparence fragile et romantique, elle souhaite simplement vivre heureuse avec Jean Valjean et son amoureux – qui intervient bien plus tard dans le récit -, ce qui va s’avérer plus complexe que cela. Elle est représentée de façon "kawaii", surtout lorsqu’elle est toute petite, ce qui tranche nettement avec les autres personnages ; j’ai pu lire que certains trouvaient ça plutôt étrange comme choix mais je pense que cela accentue l’innocence de la jeune femme.

Malheureusement les autres personnages n’ont pas su me convaincre ni m’attendrir – même si leur destin est tragique -. Tout d’abord les Thénardier : on récolte ce que l’on sème, et si les parents ne me faisaient ni chaud ni froid je suis par contre un peu plus triste pour les enfants, Gavroche et Eponine. Ils sont descendus dans l’échelle sociale, ont tentés de vivre/survivre en se donnant un but (aider à la révolution ou se marier avec Marius), mais le « happy end » n’est ici pas permis, et Victor Hugo tire deux portraits d’une jeunesse trop vite interrompue et gâchée
Ensuite il y a Javert : personnage récurrent qui est l’ennemi juré de Jean Valjean, il apporte un peu de "piment" dans la vie de ce dernier et souhaite impérativement que la justice frappe de façon précise – mais pas tout le temps juste -. Les circonstances vont les faire se croiser plusieurs fois, jusqu’à ce que Javert soit dans l’incapacité de comprendre son ennemi et ses objectifs à cause de sa vision étroite des malfaiteurs. Sa décision finale m’a fait lever les sourcils car c’est dramatique au possible, mais en aucun cas je vais le regretter
Et enfin j’aimerai parler de Marius, l’amoureux de Cosette. Je l’ai trouvé assez plat, et même avec les personnes de la révolution je ne l’ai pas trouvé utile ou fantastique. De plus il n’est pas spécialement agréable avec Jean Valjean, ce que je trouve regrettable.

Les dessins sont vraiment beaux, certaines mises en scènes sont sublimes et renforce le côté dramatique de l’oeuvre. Les visages sont expressifs et humains, on voit leur douleur, leur joie, leur chagrin, la vie qui les quitte. Le seul gros point négatif, c’est le côté tragique du début à la fin. Tout va mal, il y a rarement de l’espoir ou de moments joyeux, il y a de la violence sur enfant, de la prostitution, des arnaques et de la tromperie, des amours impossibles, des morts de partout, des espoirs brisés, bref vous avez compris le tableau. A la fin de ma lecture j’avoue que ça m’a un peu plombé le moral pendant quelques heures, mais c’est la preuve que Victor Hugo a réussi son objectif : dénoncer la misère, l’injustice et la violence de son époque de façon réaliste.

En conclusion cette adaptation est une réussite : on retrouve l'univers et les thèmes qui sont chers à Victor Hugo, c'est fluide, avec des scènes mémorables et percutantes grâce à certaines planches. Cela me donne en tout cas très envie de me plonger un jour dans la version originale !

19.8.18

[Chronique] Deux ans de vacances (manga)



 Deux ans de vacances (adaptation manga) 
2017
Adapté et dessiné par Jiro Otani ; œuvre originale de Jules Verne
Editions Nobi Nobi ! (collection Les Classiques en manga)
176 pages
 8€75 

 « Lorsque que les élèves du pensionnat Chairman embarquent à bord du navire Sloughi pour faire le tour de la Nouvelle-Zélande, ils n’imaginent pas un instant se réveiller seuls, perdus au milieu de l’océan Pacifique. Ce qui ne devait être que de simples vacances se transforme alors en naufrage et en une incroyable aventure durant laquelle nos amis ne peuvent compter que sur leur courage et leur ingéniosité pour survivre. Mais malgré leur enthousiasme et tous leurs efforts, les jeunes garçons arriveront-ils un jour à rentrer chez eux ? » 

Une petite déception pour cette adaptation d'un classique de Jules Verne que je ne connaissais pas du tout, l'histoire est assez "jeunesse" et c’est une des raisons pour laquelle j’ai moyennement apprécié ma lecture : trop de facilités scénaristiques, trop d'ellipses, aucune difficulté face à leurs problèmes, tout va bien loin de la civilisation.

Je ne me suis malheureusement pas attachée aux protagonistes, essentiellement des jeunes garçons de 8 à 13 ans au début de l’histoire. Je n'ai d'ailleurs retenu que quelques prénoms et visages, la bonne moitié du groupe est déjà oubliée car assez peu sollicitée dans l'histoire et c'est regrettable, je pense que s'ils avaient eu plus de profondeur dans leur personnalité cela m'aurait permis de les apprécier, ou du moins de m'en souvenir. Seul Moko, le mousse du navire, sort un peu du lot, mais je le trouve trop discret après leur naufrage...
Les éternels disputes entre Doniphan et les autres ne sont pas intéressantes car puériles : au bout de deux pages c’est comme s’il ne c’était rien passé, on continue l'aventure tranquillement. Ça n’apporte aucune péripétie - mis à part son départ du groupe, et encore, c'est bouclé rapidement - et ça n’aide pas à apprécier Doniphan. Son changement brutal de caractère m'a d'ailleurs laissé de marbre, j'ai trouvé ce revirement trop soudain et peu crédible. 
L’arrivée de nouveaux naufragés - dont une jeune fille - apporte un espoir de fuite et un peu de mouvement au récit : des tueurs ne sont pas loin et cherchent leur groupe, le danger est donc réel. Pourtant ils ne sont pas plus développés que les autres, je n'ai donc pas non plus réussi à m’attacher à eux et compatir à leur triste sort.

Dans ce récit on se concentre essentiellement sur la survie de jeunes garçons sur une île : c’est intéressant dans l’idée, on les voit construire un abri, organiser un groupe avec un chef, déterminer le rôle de chacun pour toujours avoir de la nourriture, pister des animaux ou encore découvrir l'île. Mais j’avais juste l’impression que tout était "facile" pour eux. Aucun soucis de santé, la nourriture est abondante, l'eau est potable, l'abri est parfait pour lutter contre l'hiver, bref aucune difficulté alors qu’ils sont sur l’île pendant deux ans ! Et le pire selon moi c’est la prise de conscience du groupe au bout d’un an de survie : ce serait en effet bien d’envoyer un signal visible au loin pour dévoiler leur présence sur l’île et être sauvés !
La révélation sur leur mystérieux accident était néanmoins un bon point, je ne m'attendais pas à ce que ce soit cette personne qui soit le responsable de leur situation, et je trouve ça beau que tout le monde ne lui en veuille pas lorsqu'il se décide à en parler au groupe. Je pense qu’il s’est assez rendu coupable tout seul et qu’il a fait beaucoup d’efforts pour être utile au groupe. Un bon début de maturité qu'il est agréable de noter. 

La fin reste sympathique quoique rapidement bouclée, et cette intrigue avec les méchants sur l'île n'aura pas été si terrifiante que cela, je dois même dire qu'il n'y a eu aucune pitié pour eux dans leur sort... A part apprendre à cohabiter en groupe je n’ai pas l’impression que les protagonistes vont grandir complètement changés ou avec des séquelles, ça reste très gentillet comme naufrage ! Pour finir sur une touche positive je trouve les dessins agréables dans l’ensemble, les visages sont assez expressifs et chaque personnage est facilement identifiable des autres.

En conclusion c'était une lecture rapide mais bien en-dessous de ce que je m'imaginais, surtout de la part de Jules Verne. Je n'étais pas la bonne cible pour l'histoire et pour les protagonistes, je suis donc passée à côté de la plupart de l'aventure, dommage. Je pense que je vais passer mon tour pour lire oeuvre originale !

14.8.18

[Chronique] Jane Eyre (manga)


 Jane Eyre (adaptation manga) 
2017
Adapté par Crystal S. Chan ; dessins de SunNeko Lee ; œuvre originale de Charlotte Brontë
Editions Nobi Nobi ! (collection Les Classiques en manga)
312 pages
 10€75 

 « Jane Eyre est une orpheline recueillie par sa tante, une femme jalouse qui fait de sa vie un enfer. Aidée par le médecin de famille suite à un malaise, Jane va partir dans le pensionnat de Lowood, une école insalubre où le typhus fait beaucoup de victimes. Rescapée de cet endroit, elle trouve ensuite un emploi de gouvernante dans le manoir de Thornfield. Sa rencontre avec le maître des lieux bouleversera sa vie à tout jamais mais l’indépendance de la jeune femme lui permettra-t-elle d’atteindre ce bonheur longtemps recherché ? » 

A ce jour c'est l’un de mes mangas préférés de cette collection qui a pour but de faire découvrir des classiques de la littérature et de donner envie de lire les originaux. Pour ma part le pari est réussi puisque je suis curieuse de lire l'oeuvre originale et de voir les adaptations en films/séries qui existent !

Je ne suis pourtant pas une grande fan de romance mais ici cela passe très bien, surtout car ce n'est pas la principale intrigue ; l’histoire est à la fois douce, triste, sombre, mélancolique, avec du suspens et des secrets à découvrir. C'est bien équilibré et fluide dans la narration, je ne me suis pas ennuyée une seule page car on a la vie de Jane Eyre dans son intégralité : son enfance malheureuse au manoir Gateshead, son séjour de sept ans au pensionnat de Lowood, son arrivée au manoir de Thornfield en tant que gouvernante ainsi que sa nouvelle vie à Whitcross auprès de St John. La fin est par ailleurs très belle et j’en suis pleinement satisfaite !
A noter que je n’ai eu aucun soucis à comprendre le récit sans avoir lu le roman d'origine, les quelques ellipses ne m’ont donc pas perturbés plus que ça : cela reste une adaptation, donc il y a forcément des choix à faire dans les scènes à garder et celles que l’on met de côté, mais rien de gênant à relever. Aussi le langage utilisé est soutenu afin d'être fidèle au style de Charlotte Brontë, sans pour autant être inaccessible pour les jeunes lecteurs; tout le monde peut lire cette adaptation sans grand soucis de compréhension.

Jane est une protagoniste extraordinaire, qui ne se laisse pas faire, qui réfléchi à ses sentiments, qui affronte dignement sa jalousie sans faire la misère à sa « rivale »; elle est également intelligente et douce (surtout envers les enfants avec lesquels elle fait cours). Elle forme un couple fantastique et sincère avec M. Rochester, je suis fan de l'alchimie entre eux. J’apprécie surtout son côté non-conforme (pour l’époque!) quand il est question d’égalité entre les femmes et les hommes - dans la société et en amour -, cela donne de la profondeur à Jane pour mon plus grand plaisir.
Pour ce qui est de M. Rochester, il est fascinant à suivre, les sombres secrets qu'ils gardent en lui vont faire basculer une partie du récit et compromettre son avenir avec Jane. Son caractère mystérieux le rend inaccessible et attachant à la fois, on sent qu’il est véritablement amoureux et passionné mais que ses démons l’empêche de vivre pleinement comme il le désire.

D'autres protagonistes sont attachants et font évoluer de manière positive Jane au cours de sa vie : c’est le cas pour Helen, dont le sort m’a attristé mais c'est une chose courante à cette époque ; Mlle Temple, la préceptrice bonne et intelligente par excellence, on sent que Jane la prend comme modèle pour sa carrière ; ou Adèle, la fille que M. Rochester prend sous son aile et qui est beaucoup trop adorable, même si je regrette qu'elle ne soit pas si mise en avant que ça dans l'histoire. Cela dit d’autres personnages m’ont laissé de marbre ou sont tout bonnement infectes : en premier lieu St John, dont je trouve le caractère absurde et insupportable, et sa façon de considérer Jane comme un objet pour accomplir son travail religieux m’a plus d’une fois exaspéré ; la nouvelle famille de Jane lorsqu’elle était toute petite et recueillie par sa tante (heureusement le karma est intervenu, car il y avait beaucoup de cruauté gratuite et de mensonge) ; et je n'oublie pas Mlle Blanche, dont seul compte sa beauté et le fait de s’approprier M. Rochester, ce qui la rend odieuse envers son entourage et ridicule, surtout à côté de Jane!

Je suis très fan des dessins : il y a un effet "shojo" dans les traits mais personnellement ça ne me dérange pas du tout. C’est expressif, les planches sont remplis de détails au niveau des décors et des costumes, il y a des scènes qui débordent de tendresses et d’autres qui sont touchantes ou bouleversantes ; mon seul petit reproche concerne le regard de Jane Eyre que je trouve trop "endormi" la plupart du temps, surtout comparé aux autres personnages (mais ça reste un détail).

L'adaptation a donc réussi haut les mains son pari : j’ai découvert un classique de la littérature, et non seulement j’ai adoré suivre Jane Eyre, mais en plus je suis curieuse au point de vouloir prolonger l'expérience avec la lecture du roman originale et le visionnage d'autres adaptations!